Vous voulez passer à 200 Go de stockage iCloud parce que votre iPhone ne sauvegarde plus rien. Vous tapez votre carte bancaire, et l’App Store répond « mode de paiement refusé ». Même scène pour Google One, pour un logiciel de montage vendu au mois, pour une campagne publicitaire sur un réseau social ou pour un hébergeur situé à l’étranger. Ce n’est ni une panne ni une erreur de saisie : la plupart des cartes délivrées en Tunisie ne sont tout simplement pas faites pour payer hors du pays.
Il existe pourtant des voies légales, peu connues et assez contraignantes, que ce guide décrit avec leurs vraies limites : la carte technologique internationale, l’allocation touristique (et pourquoi elle ne règle presque pas le problème), les cartes de La Poste Tunisienne, les cartes prépayées en devises et, pour les entreprises, le virement sur facture. Chaque plafond cité renvoie au texte qui le fixe, le plus souvent une circulaire de la Banque centrale de Tunisie (BCT). Quand une information dépend de votre banque, nous le disons plutôt que d’inventer un chiffre.
Pourquoi votre carte est refusée sur les sites étrangers
La raison tient dans un texte de 1976. Le code des changes, promulgué par la loi n° 76-18 du 12 janvier 1976 et toujours en vigueur, encadre toute sortie de devises. En pratique, comme le rappelle le guide de l’Académie des banques et finances sur les opérations à l’international des particuliers (décembre 2020), les paiements à destination de l’étranger doivent transiter par un « intermédiaire agréé », c’est-à-dire une banque ou La Poste, et chaque type de dépense doit entrer dans une case prévue par la BCT. La carte de débit ordinaire que vous utilisez au supermarché est une carte à usage national : elle n’ouvre droit à aucune devise.
Côté vendeurs, rien ne compense cette limite. Apple publie la liste des moyens de paiement acceptés pays par pays (page mise à jour le 7 août 2026) : pour la Tunisie, une seule ligne, « la plupart des cartes de crédit et de débit ». Pas de solde prépayé, pas de facturation par l’opérateur. Le stockage iCloud+ y est d’ailleurs facturé en dollars américains, chaque mois, comme dans une grande partie de l’Afrique et du Moyen-Orient. Il faut donc une carte capable de payer en devises, et le droit de s’en servir pour ce type d’achat.
Le site Webdo résumait la situation en novembre 2024 dans un article intitulé « Pourquoi les Tunisiens sont-ils privés de cartes bancaires internationales ? » : il s’agit de préserver les réserves en devises du pays. Ce contexte explique pourquoi chaque solution ci-dessous a un plafond, un usage réservé et des justificatifs.
La carte technologique internationale : ce que dit la réglementation
C’est l’outil conçu précisément pour les achats en ligne à l’étranger. Elle a été créée par la circulaire BCT n° 2015-05 du 10 avril 2015, dont les règles ont été reprises dans la circulaire BCT n° 2016-09 du 30 décembre 2016 relative aux transferts au titre des opérations courantes, toujours la référence aujourd’hui. Il s’agit d’une carte internationale de paiement nominative et prépayée : vous la rechargez en dinars, dans la limite d’une allocation annuelle, et elle paie en devises.
Pour un particulier : 1 000 dinars par an
L’article 15 de la circulaire 2016-09 autorise la banque à délivrer à « toute personne physique de nationalité tunisienne résidente et titulaire d’un diplôme au moins équivalent au baccalauréat » une allocation annuelle maximale de 1 000 DT, utilisable en une ou plusieurs fois. Trois conditions, donc : être Tunisien, résider en Tunisie, avoir au moins le bac. L’âge n’est pas fixé par la circulaire, mais les banques demandent en pratique d’être majeur ; Banque Zitouna l’écrit explicitement sur sa page consacrée à la carte technologique.
Pour une entreprise : 10 000 dinars, 100 000 pour une startup labellisée
À l’origine réservée aux entreprises des télécommunications, de l’informatique, de l’enseignement, du conseil ou de la recherche, la carte a été ouverte par la circulaire BCT n° 2019-02 du 30 janvier 2019 à « toute société résidente qui lui en fait la demande », avec une allocation annuelle maximale de 10 000 DT. Le même texte porte ce plafond à 100 000 DT pour une société titulaire du label « Startup », sur présentation de la décision ministérielle en cours de validité. Certaines banques présentent encore la liste de secteurs de 2016 sur leur site ; si la vôtre vous oppose votre activité, citez-lui la circulaire de 2019.
Ce qu’elle permet de payer, et ce qu’elle exclut
La liste est fixée au paragraphe H de l’annexe 1 de la circulaire 2016-09 : frais d’hébergement de sites web ou d’applications mobiles, publicité, abonnements à des sites web étrangers « notamment les plateformes de sous-traitance (freelance) et les sites web à caractère éducatif », collecte d’informations, formations en ligne, outils de développement d’applications et licences de logiciels. À l’inverse, le modèle d’engagement sur l’honneur à signer (annexe 3 du même texte) exclut les paris, les frais de séjour, les achats de biens et les abonnements aux sites prohibés. Commander un objet sur une boutique étrangère n’est donc pas prévu ; un logiciel, une formation ou un abonnement à un service en ligne, oui.
Deux règles pèsent au quotidien. D’abord, l’allocation vaut pour une année civile : BIAT précise sur sa fiche produit que le plafond repart à zéro au 31 décembre ; l’allocation étant annuelle, ce qui n’a pas été consommé ne s’ajoute pas à celle de l’année suivante. Ensuite, vous ne pouvez détenir qu’une seule allocation de ce type, toutes banques confondues : c’est l’objet de l’engagement sur l’honneur prévu à l’article 16.
Le renouvellement annuel, point faible du dispositif
L’article 18 de la circulaire 2016-09 prévoit que la reconduction pour une nouvelle année se fait sur demande écrite auprès de la même banque, « sur présentation de la déclaration fiscale de l’année écoulée dûment visée par l’Administration fiscale ». Si elle n’est pas disponible en janvier, celle de l’année précédente suffit provisoirement, à condition de fournir la nouvelle au plus tard le 15 juillet ; faute de quoi la banque doit suspendre l’allocation. Cette exigence gêne les étudiants et les salariés qui n’ont pas de déclaration propre : en 2016 déjà, la BCT avait dû autoriser, par la note n° 2016-22 du 5 septembre 2016, le renouvellement sans déclaration pour les titulaires sans matricule fiscal, à titre exceptionnel et pour cette seule année. Demandez à votre banque, avant de souscrire, ce qu’elle exigera pour la deuxième année.
Un besoin supérieur ou une situation hors des cases (pas de bac, par exemple) n’est pas sans issue : l’article 17 permet de déposer une demande auprès de la BCT sur formulaire F2, appuyée par un avis favorable du ministère chargé des technologies de la communication. C’est une démarche lourde, à réserver aux besoins réels et réguliers.
Obtenir la carte technologique pas à pas
La carte est proposée par la plupart des banques de la place et par La Poste Tunisienne, qui l’a lancée le 18 mai 2015 selon Le Petit Journal de Tunis. Parmi les établissements qui la présentent sur leur site figurent BIAT, Banque Zitouna, la Banque de Tunisie et la STB, cette dernière la proposant aussi aux étudiants à l’ouverture d’un compte. Les modalités (frais, délai, recharge en ligne) varient d’un établissement à l’autre ; voici le parcours commun.
- Choisissez l’établissement : celui où vous avez déjà un compte simplifie la recharge par virement interne. Banque Zitouna indique accepter aussi des non-clients.
- Réunissez les pièces : carte d’identité nationale et copie certifiée conforme du diplôme (bac ou plus), exigées une seule fois à la première opération par la circulaire. Pour une société : extrait du registre, statuts et, pour une startup, la décision d’octroi du label.
- Signez l’engagement sur l’honneur : il certifie que vous n’avez pas d’autre allocation au même titre et que la carte ne servira qu’aux usages prévus.
- Rechargez au guichet ou en ligne quand la banque le permet (MyBIAT chez BIAT, BTNET à la Banque de Tunisie). Le montant est débité en dinars et décompté de l’allocation.
- Activez la sécurité : alertes SMS et code à usage unique pour le paiement en ligne (3D Secure), que de nombreux sites exigent.
- Gardez vos factures : la circulaire prévoit une facture pour chaque opération. Téléchargez celles d’Apple, de Google ou de l’éditeur, elles peuvent vous être demandées.
Côté coûts, un exemple publié : Banque Zitouna affiche une cotisation annuelle de 20 DT pour un particulier et une validité d’un an. Les commissions sur chaque paiement en devises et le cours de change appliqué ne sont pas toujours affichés en ligne ; demandez la grille tarifaire avant de signer. Pour La Poste, sa page de présentation mentionne un compte courant postal actif et une recharge minimale de 100 DT ; le site de La Poste étant difficilement joignable au moment où nous écrivons, confirmez ces conditions au guichet.
Cas pratique : payer iCloud, Google One ou un abonnement logiciel
La question la plus fréquente est celle du stockage de photos. La circulaire ne cite ni Apple ni Google : elle parle d’hébergement, d’abonnements à des sites web étrangers et de licences de logiciels. Un espace de stockage en ligne payé au mois entre, dans l’esprit, dans ces catégories, et plusieurs banques présentent la carte comme utilisable sur les boutiques d’applications. Mais c’est l’établissement qui accorde l’allocation qui tranche : posez la question explicitement au moment de la souscription.
Combien cela consomme de l’allocation
Apple affiche pour la Tunisie, sur sa grille iCloud+ publiée le 16 septembre 2026, 0,99 $ par mois pour 50 Go, 2,99 $ pour 200 Go et 9,99 $ pour 2 To. Au cours de référence de la BCT du 24 septembre 2026, soit 2,9586 dinars pour un dollar selon Tunisie Numérique, cela représente sur un an, avant commissions bancaires :
- 50 Go : 11,88 $, environ 35 DT par an ;
- 200 Go : 35,88 $, environ 106 DT par an ;
- 2 To : 119,88 $, environ 355 DT par an, soit plus du tiers de l’allocation annuelle d’un particulier.
Ces montants bougent avec le dollar : il a pris 1,79 % en un mois selon le même relevé. Si vous cumulez iCloud, une formation en ligne et une licence de logiciel, faites le compte avant l’été, pas en décembre. Google One affiche ses tarifs dans l’application selon le pays du compte ; vérifiez le prix exact au moment de souscrire plutôt que de vous fier à un tarif relevé ailleurs.
La marche à suivre sur un iPhone
- Vérifiez que votre compte Apple est bien rattaché à la Tunisie (Réglages, votre nom, Supports et achats) : une carte tunisienne est refusée sur un compte déclaré dans un autre pays.
- Rechargez la carte d’un montant couvrant au moins deux ou trois mois.
- Ajoutez-la comme moyen de paiement, avec une adresse de facturation identique à celle connue de votre banque.
- Validez le code reçu par SMS si la banque le demande.
- Souscrivez l’offre de stockage, puis notez dans votre agenda la date de fin de votre allocation annuelle.
Pour une petite équipe, la même logique vaut pour les suites bureautiques et les messageries en ligne vendues au mois et par utilisateur : chaque poste ajouté pèse sur le plafond. Notre comparatif entre une adresse e-mail professionnelle et Gmail pour une entreprise tunisienne aborde aussi cette question de facturation.
L’allocation touristique : un gros plafond, presque inutilisable en ligne
Beaucoup pensent pouvoir payer leurs abonnements avec leur allocation touristique, plus généreuse. Selon la circulaire BCT n° 2007-04 du 9 février 2007, modifiée en 2009, elle s’élève à 6 000 DT par année civile et par personne, 3 000 DT pour un enfant de moins de dix ans. Elle peut être délivrée en espèces, par chèque ou sur une carte de paiement internationale réservée à cet usage, et elle est inscrite sur le passeport.
Le verrou est l’article 23 de cette même circulaire : « La carte de paiement internationale ne peut être utilisée à partir de la Tunisie que pour des réservations d’hôtels à l’étranger. » Depuis chez vous, à Sfax ou à Tunis, elle ne sert donc ni pour iCloud, ni pour un logiciel, ni pour de la publicité. Elle est faite pour être utilisée pendant un voyage, sur place. Payer un abonnement en ligne depuis la Tunisie avec cette carte sort de ce que prévoit le texte, et une banque peut le relever.
La Poste propose dans ce cadre la carte e-Dinar Travel, lancée en juillet 2017 selon Réalités pour gérer l’allocation touristique lors des déplacements. Elle obéit aux mêmes règles : un outil de voyage, pas d’abonnement.
Les cartes et le portefeuille de La Poste : ce qu’ils font, ce qu’ils ne font pas
La Poste Tunisienne est souvent le premier réflexe, notamment pour les étudiants. Il faut distinguer ses produits, car ils n’ont pas du tout la même portée :
- e-Dinar Smart : carte prépayée délivrée au guichet, qui sert, selon la présentation de La Poste, à payer sur les sites affiliés à la plateforme e-Dinar. Il s’agit de sites tunisiens (administrations, universités, factures, commerçants adhérents), pas de boutiques étrangères.
- Wallet e-Dinar : portefeuille numérique gratuit mis à disposition de chaque citoyen depuis juillet 2025, ouvert avec la seule carte d’identité et un numéro de téléphone, selon Directinfo et La Presse. Il sert aux transferts via l’application D17, au paiement de factures, de frais universitaires et d’achats en ligne ; l’article détaillé de La Presse du 17 juillet 2025 ne mentionne aucun usage sur des sites étrangers.
- e-Dinar Travel : la carte de l’allocation touristique, décrite plus haut, pour les voyages.
- Carte technologique internationale de La Poste : la seule des quatre qui permette de payer un service en ligne étranger depuis la Tunisie, avec les mêmes plafonds et conditions que celle des banques.
Autrement dit, un étudiant qui veut payer une formation en ligne étrangère avec son e-Dinar n’y arrivera pas : il lui faut la carte technologique, à La Poste ou en banque. La Poste a par ailleurs alerté en février 2026 contre des tentatives d’hameçonnage visant les porteurs de cartes et de portefeuilles, en rappelant qu’elle ne demande jamais les codes confidentiels.
Facturation par l’opérateur, cartes cadeaux, cartes prépayées : les autres pistes
La facturation sur le forfait mobile
Dans plusieurs pays, on peut payer une application ou un abonnement sur sa facture de téléphone. En Tunisie, nous n’avons trouvé aucune offre de ce type en vigueur. Interrogé sur son forum d’assistance, Ooredoo répondait en 2018 que la facturation Google Play par l’opérateur « n’est pas disponible en Tunisie », et la page d’Apple ne cite pour la Tunisie que les cartes. Si un opérateur lançait ce service, il apparaîtrait dans les moyens de paiement de votre application ; vérifiez-y avant de conclure.
Les cartes cadeaux
Apple précise sur sa grille iCloud+ que les cartes cadeaux Apple Store ne sont pas acceptées pour payer le stockage, et le solde de compte Apple ne figure pas parmi les moyens proposés pour la Tunisie. Des codes vendus sur les réseaux sociaux pour « recharger » un compte relèvent souvent d’un compte ouvert dans un autre pays, qui vous expose aux problèmes décrits plus bas.
Les cartes prépayées en devises
Des cartes internationales rechargeables existent, mais elles sont adossées à des comptes en devises ou en dinars convertibles. La carte Tounessna internationale de BIAT, par exemple, permet des paiements en devises sur internet, mais elle suppose un compte Tounessna en devises ou en dinars convertibles, destiné aux Tunisiens résidant à l’étranger. Ces comptes s’alimentent par des devises d’origine justifiée (revenus de l’étranger, rapatriement) ; ce n’est pas une porte ouverte pour convertir librement ses dinars. Pour qui reçoit des revenus de l’étranger, la question se traite en amont, et nous l’abordons dans notre guide sur la façon dont un freelance tunisien peut se faire payer depuis l’étranger en règle.
Le cas PayPal
PayPal n’est pas un moyen de paiement en soi : il faut l’alimenter par une carte. Selon Business News (août 2026), le service fonctionne en Tunisie « seulement pour payer ». La BCT a expliqué dans un communiqué pourquoi l’adhésion complète n’a pas abouti : elle ne peut autoriser des résidents à ouvrir des comptes bancaires à l’étranger. Un compte PayPal relié à votre carte technologique reste soumis au même plafond et aux mêmes usages.
Tableau récapitulatif des moyens de paiement
Le tableau ci-dessous résume ce que chaque moyen permet réellement pour payer un service en ligne étranger depuis la Tunisie, d’après les textes cités dans ce guide. Les frais ne figurent pas : ils dépendent de chaque établissement.
| Moyen de paiement | Qui y a droit | Plafond | Usage en ligne à l’étranger | Limites principales |
|---|---|---|---|---|
| Carte technologique internationale (particulier) | Tunisien résident, titulaire du bac au moins | 1 000 DT par année civile | Oui : hébergement, publicité, abonnements, formations, logiciels | Pas d’achat de biens ; une seule allocation ; renouvellement avec déclaration fiscale |
| Carte technologique internationale (société) | Toute société résidente (circulaire 2019-02) | 10 000 DT par année civile | Oui, mêmes usages | Pièces de la société ; plafond vite atteint avec plusieurs abonnements |
| Carte technologique internationale (startup labellisée) | Société titulaire du label « Startup » | 100 000 DT par année civile | Oui, mêmes usages | Label en cours de validité exigé |
| Carte de l’allocation touristique (dont e-Dinar Travel) | Voyageur résident muni d’un passeport | 6 000 DT par an (3 000 DT enfant de moins de 10 ans) | Non, sauf réservation d’hôtel à l’étranger | Faite pour un voyage ; inscrite sur le passeport |
| e-Dinar Smart, Wallet e-Dinar | Tout citoyen, au guichet ou via D17 | Selon La Poste | Non : sites affiliés en Tunisie | Usage national |
| Carte prépayée en devises (type Tounessna) | Titulaire d’un compte en devises ou en dinars convertibles | Solde du compte | Oui | Suppose des devises d’origine justifiée |
| Virement bancaire sur facture (entreprise) | Opérateur résident | Montant de la facture | Oui, hors paiement par carte | Justificatifs ; mal adapté aux petits abonnements mensuels |
| Facturation par l’opérateur mobile | — | — | Non disponible à notre connaissance | À vérifier dans l’application |
Pour un particulier, la réponse tient donc en une phrase : la carte technologique internationale est la seule voie prévue pour payer depuis la Tunisie un abonnement étranger, dans la limite de 1 000 DT par an.
Les pièges à éviter
Les cartes « louées » ou revendues sur les réseaux sociaux
Des annonces proposent de payer votre abonnement « avec une carte étrangère », de vous prêter une carte virtuelle ou de vous vendre un compte déjà approvisionné. Trois raisons de refuser. La carte technologique est nominative, et son titulaire s’est engagé par écrit à ne s’en servir que pour ses propres transactions autorisées : celui qui « prête » la sienne sort de son engagement. Les paiements vers l’étranger doivent passer par un intermédiaire agréé ; un circuit parallèle vous place hors de ce cadre. Enfin, et c’est le plus concret, vous confiez à un inconnu votre argent, parfois votre identifiant Apple ou Google : c’est l’un des scénarios décrits dans notre guide sur les arnaques en ligne en Tunisie et la façon de les signaler. Si le « prestataire » disparaît, personne ne vous remboursera, et le compte peut être bloqué par le service pour paiement frauduleux.
Les frais de change et les écarts de montant
Vous rechargez en dinars, le service facture en dollars ou en euros. Entre les deux s’intercalent le cours appliqué par la banque, qui n’est pas le cours de référence, et d’éventuelles commissions par opération. Un abonnement à 2,99 $ ne coûte donc pas exactement 2,99 fois le cours affiché. Prévoyez une marge sur le solde : une recharge ajustée au centime fera échouer le prochain prélèvement.
Les paiements refusés
- Pays du compte différent de celui de la carte (compte Apple ou Google ouvert en France, par exemple).
- Adresse de facturation différente de celle connue de la banque.
- Code de validation par SMS non reçu : vérifiez que votre numéro est à jour à l’agence.
- Solde insuffisant, ou allocation annuelle épuisée même si la carte affiche encore un solde en dinars.
- Service ou marchand hors des usages autorisés : la banque peut bloquer l’opération.
L’abonnement qui échoue au renouvellement
C’est le piège le plus coûteux, parce qu’il est silencieux. Votre allocation se termine au 31 décembre ; si le renouvellement tarde (déclaration fiscale manquante, passage en agence oublié), le prélèvement de janvier échoue. Pour iCloud, Apple indique que si vos données dépassent l’espace de l’offre dont vous disposez, iCloud cesse de synchroniser et les sauvegardes ne se font plus : votre téléphone continue de vivre sans copie. Côté Google, la règle est plus dure : au-delà de deux ans de dépassement du quota, tout le contenu du compte peut être supprimé, Gmail, Photos et Drive compris, après un préavis d’au moins trois mois.
La parade est simple : rechargez en décembre pour couvrir janvier, gardez une copie locale de vos photos et documents importants, et n’attendez pas qu’un abonnement vous lâche pour organiser vos sauvegardes. Notre guide complet de la sauvegarde pour ne jamais perdre ses données détaille la règle des trois copies, valable aussi pour un téléphone.
Pour une petite entreprise : publicité, logiciels et hébergement
Une société a plus d’options qu’un particulier. La carte technologique à 10 000 DT couvre la publicité sur les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, les logiciels vendus au mois, les outils de conception ou l’hébergement d’une application. Pour des montants plus importants ou des licences annuelles, la circulaire 2016-09 prévoit aussi le règlement par virement de l’« achat ou location de logiciels » sur présentation d’un contrat ou d’une facture (annexe 1, rubrique B-5). Votre chargé de clientèle vous dira quels justificatifs il attend ; beaucoup de services en ligne n’acceptent toutefois que la carte pour les abonnements mensuels.
Quelques réflexes évitent les mauvaises surprises :
- Centralisez les abonnements sur une seule carte technologique et tenez un tableau des échéances et des montants en devises.
- Téléchargez chaque mois les factures des services étrangers : elles justifient le transfert et entrent dans votre comptabilité. La réforme de la facturation, traitée dans notre article sur l’obligation de facture électronique en Tunisie, concerne vos propres ventes, mais la rigueur documentaire vaut aussi pour vos achats.
- Si vous créez une startup, le label multiplie le plafond par dix : les conditions sont décrites dans notre guide sur le Startup Act et le statut d’auto-entrepreneur.
- Ne confondez pas payer et encaisser : accepter les cartes de vos clients sur votre site relève d’autres solutions, présentées dans notre article sur le paiement en ligne sur un site tunisien.
- Avant de choisir un service étranger qui manipule des données de clients, vérifiez vos obligations : notre guide de la protection des données pour une entreprise tunisienne aborde le transfert de données hors du pays, et notre dossier sur le cloud en Tunisie, ses acteurs et son cadre légal complète le tableau.
Quand un prestataire local simplifie tout
Pour une partie de ces dépenses, la contrainte disparaît si le fournisseur facture en dinars. C’est le cas de l’hébergement web et du nom de domaine : chez NovaHoster, les packs d’hébergement START, BUSINESS et ULTIMATE sont facturés et payés en dinars, avec une facture tunisienne, sans carte internationale ni taux de change qui fait varier le renouvellement. Les serveurs sont en Europe, en France et en Allemagne, pas en Tunisie ; c’est la facturation qui est locale. Il en va de même pour des adresses e-mail professionnelles à votre nom de domaine, qui évitent un abonnement par utilisateur payé en devises. Et si vous hésitez à rapatrier un site hébergé à l’étranger parce que la carte arrive à sa limite, la page sur la migration de site offerte explique comment se passe le transfert. Le centre d’aide décrit aussi comment renouveler un domaine sans perdre le contrôle de son échéance, l’autre renouvellement qu’il ne faut pas laisser échouer.
Cela ne vaut pas pour tout : un logiciel de retouche, une plateforme publicitaire ou un stockage de photos restent des services étrangers. L’idée n’est pas de tout rapatrier, mais de réserver l’allocation en devises à ce qui n’a pas d’équivalent facturé en dinars. Pour évaluer le poste « hébergement » d’un projet, notre article sur le budget réel d’un site web en Tunisie donne des ordres de grandeur.
Ce qui pourrait changer : plafond, code des changes, PayPal
Le plafond de 1 000 DT date de 2015 et son relèvement est annoncé régulièrement, sans aboutir pour l’instant. En juin 2022, L’Économiste Maghrébin rapportait qu’il figurait parmi les mesures de relance, au bénéfice des freelances et des indépendants. Le 6 mai 2025, le ministre des Technologies de la communication annonçait, selon Webmanagercenter, un travail avec la BCT et le ministère des Finances pour relever le plafond et élargir les bénéficiaires, avec un cadre juridique « bientôt » validé. À la date de cet article, nous n’avons trouvé aucune circulaire modifiant les montants : 1 000 DT, 10 000 DT et 100 000 DT restent les plafonds en vigueur.
Le chantier plus large est celui du nouveau code des changes, enregistré à l’Assemblée sous le n° 2025/115. D’après La Presse (février 2026), le projet permettrait aux résidents d’ouvrir des comptes en devises sans autorisation préalable de la BCT. En juin 2026, la commission des finances avait achevé l’essentiel de ses auditions et envisageait de voter sans attendre l’avis de la Banque centrale ; le 30 septembre 2026, un membre de la commission indiquait à African Manager que le dossier restait suspendu faute de clarification de la BCT. Rien n’est donc voté. Une proposition de loi sur les freelances, déposée en juin 2026, vise de son côté l’accès aux plateformes de paiement étrangères.
Tant que ces textes ne sont pas publiés au Journal officiel et suivis de circulaires d’application, les règles décrites dans ce guide s’appliquent. Méfiez-vous des publications qui annoncent « la fin du plafond » sur la foi d’un projet.
Sources
- Banque centrale de Tunisie, circulaire aux intermédiaires agréés n° 2015-05, 10 avril 2015.
- Banque centrale de Tunisie, circulaire aux intermédiaires agréés n° 2016-09 relative aux transferts au titre des opérations courantes, 30 décembre 2016 (copie publiée par le CBF).
- Banque centrale de Tunisie, circulaire aux intermédiaires agréés n° 2019-02, 30 janvier 2019 (copie publiée par le ministère des Technologies de la communication).
- Banque centrale de Tunisie, note aux intermédiaires agréés n° 2016-22, 5 septembre 2016.
- Banque centrale de Tunisie, circulaire aux intermédiaires agréés n° 2007-04 relative à l’allocation touristique, 9 février 2007, modifiée par la circulaire n° 2009-21.
- Banque centrale de Tunisie, communiqué concernant l’adhésion de la Tunisie à la plateforme PayPal, consulté le 30 septembre 2026.
- Académie des banques et finances, Les opérations à l’international des particuliers, décembre 2020.
- Banque Zitouna, Carte technologique, consulté le 30 septembre 2026.
- BIAT, Carte technologique et Carte rechargeable Tounessna internationale, consultés le 30 septembre 2026.
- Banque de Tunisie, Carte technologique internationale, consulté le 30 septembre 2026.
- STB, Carte technologique internationale STB, consulté le 30 septembre 2026.
- La Poste Tunisienne, présentation de la carte technologique internationale et e-Dinar Smart, consultés le 30 septembre 2026.
- Le Petit Journal de Tunis, « La Poste lance sa carte technologique internationale (CTI) », mai 2015.
- Réalités, « La Poste Tunisienne lance la carte internationale e-Dinar Travel », juillet 2017.
- Directinfo, « Wallet e-Dinar : la nouvelle solution numérique gratuite de la Poste Tunisienne », 15 juillet 2025 ; La Presse de Tunisie, « Wallet e-Dinar : tout ce qu’il faut savoir avant de l’adopter », 17 juillet 2025.
- Directinfo, « La Poste tunisienne alerte contre des tentatives de piratage de cartes de paiement », 23 février 2026.
- Apple, Payment methods that you can use with your Apple Account, 7 août 2026 ; iCloud+ plans and pricing, 16 septembre 2026 ; Downgrade or cancel your iCloud+ plan, 15 septembre 2026.
- Google, Fonctionnement de votre espace de stockage Google, consulté le 30 septembre 2026.
- Ooredoo Tunisie, forum d’assistance, question sur la facturation Google Play, 26 mai 2018.
- Tunisie Numérique, taux de change des devises en dinar tunisien, 24 septembre 2026.
- Webdo, « Pourquoi les Tunisiens sont-ils privés de cartes bancaires internationales ? », 13 novembre 2024.
- L’Économiste Maghrébin, « Carte technologique : vers le relèvement du plafond », 20 juin 2022.
- Webmanagercenter (édition arabe), annonce du ministre des Technologies de la communication sur la carte de paiement, 6 mai 2025.
- La Presse de Tunisie, « Comptes en devises, crypto-actifs, simplification : ce que prévoit le nouveau code des changes », 20 février 2026, et « Code des changes : le Parlement prêt à passer au vote sans la Banque centrale », 17 juin 2026.
- African Manager, « Facturation électronique : le dossier reste en discussion », 30 septembre 2026.
- Business News, « Freelances : la loi qui veut ouvrir PayPal et prélève 15 % », 10 août 2026.
