Vendre en ligne en Tunisie ne pose plus la question de savoir si l’on peut encaisser par carte, mais celle de savoir par qui passer. Quatre voies sont ouvertes aujourd’hui à un site marchand : ClicToPay, la plateforme que la Société Monétique Tunisie (SMT) exploite pour le compte des banques ; Flouci, la passerelle d’une fintech autorisée par la Banque centrale ; GPG, c’est-à-dire la passerelle GpgCheckout de la société Global Payment Gateway ; et La Poste Tunisienne, avec e-Dinar, D17 et sa plateforme adossée à Mastercard. Elles ne s’ouvrent pas de la même façon, n’acceptent pas exactement les mêmes cartes et ne publient pas toutes leurs tarifs.

Ce guide s’adresse au commerçant, à l’artisan ou à l’entreprise qui a un site, ou qui le prépare, et veut y ajouter le paiement par carte. Il ne traite pas du problème inverse, régler depuis la Tunisie un abonnement ou un achat à l’étranger : c’est l’objet de notre article sur les moyens de payer un service étranger depuis la Tunisie. Si vous n’avez pas encore choisi votre outil de vente, commencez par notre guide pour ouvrir une boutique en ligne en Tunisie, puis revenez ici au moment de brancher l’encaissement. Tout ce qui suit a été vérifié le 30 septembre 2026 sur les pages des prestataires et dans les textes ; quand un chiffre n’est pas publié, nous le disons plutôt que de l’estimer.

Banque, plateforme, passerelle : qui fait quoi

Trois métiers se cachent derrière le bouton « Payer ». La banque (ou La Poste) signe avec vous le contrat d’acceptation et crédite votre compte. La plateforme technique héberge la page où le client saisit sa carte et dialogue avec les réseaux CIB, Visa et Mastercard. La passerelle, enfin, regroupe les deux derrière un seul interlocuteur, avec une API, des modules et un tableau de bord.

Selon la solution, vous ne signez pas avec le même acteur. Pour ClicToPay, votre contrat est passé avec votre banque, et c’est la SMT qui fait tourner la plateforme : l’offre UIBePAY de l’UIB décrit ainsi un « contrat de flux monétique », une plateforme technique certifiée (le SPS), un accès au back-office, des relevés mensuels et une assistance technique assurée par la SMT. Chez Flouci et GPG, vous contractez directement avec le prestataire, qui s’occupe des banques. La Poste, elle, est à la fois l’acquéreur et la plateforme, et crédite un compte courant postal.

Deux noms reviennent encore dans des articles de 2023 ou 2024, Konnect et Paymee : ils ne sont plus en activité et ne figurent donc pas dans ce comparatif.

Le cadre réglementaire bouge. La Banque centrale de Tunisie a publié fin septembre 2026 la circulaire n° 2026-10, qui refond les règles des établissements de paiement : paliers de comptes, ouverture à distance, cantonnement des fonds des clients auprès de banques partenaires, audits de sécurité (Tustex, 28 septembre 2026). Espace Manager recense à cette date sept établissements de paiement agréés. Pour un commerçant, la leçon est simple : avant de confier vos encaissements à un prestataire, demandez-lui sous quel statut et avec quelle banque partenaire il opère, et faites-le préciser dans le contrat.

ClicToPay : la plateforme des banques, exploitée par la SMT

C’est la voie historique et, de loin, la plus répandue. Fin 2020, selon le rapport de la CNUCED sur l’état de préparation de la Tunisie au commerce électronique (février 2022), 1 800 sites marchands étaient inscrits sur la plateforme de la SMT, pour 4,8 millions de transactions et environ 275 millions de dinars. Aucun chiffre plus récent n’est publié à notre connaissance.

Cartes acceptées

Les cartes tunisiennes CIB, Visa et Mastercard, ainsi que les cartes Visa et Mastercard étrangères, d’après la page Clic to Pay de la STB. Le contrat type de la STB le formule ainsi : les cartes « présentant le sigle CIB » et celles « portant la marque VISA ou MASTERCARD acceptées en Tunisie ». Les banques ne citent pas les cartes postales e-Dinar. La CNUCED indiquait en 2022 que les sites affiliés à ClicToPay pouvaient désormais accepter les paiements des titulaires de ces cartes, alors que l’inverse (cartes bancaires sur les sites e-Dinar) posait encore des problèmes techniques : si votre clientèle paie beaucoup en cartes postales, faites-le confirmer par votre banque.

Ouverture : tout passe par votre banque

On ne s’adresse pas à la SMT mais à sa banque. À la STB, le service vise les commerçants clients installés en Tunisie et disposant d’un site actif. Le contrat « Affilié commerçant e-commerce » de la STB, que la banque publie en ligne, montre ce qui vous sera demandé : dénomination, forme juridique, numéro de registre du commerce, représentant légal, compte à créditer, puis trois adresses techniques du site (URL de notification, URL de retour en cas de succès, URL de retour en cas de problème) et une case pour rendre le 3-D Secure obligatoire, séparément pour les cartes nationales et internationales. S’y ajoutent un formulaire d’adhésion ClicToPay et une fiche technique à remplir avec votre webmaster.

La banque transmet ensuite le dossier à la SMT, qui vous déclare dans son environnement de test. Vous déroulez les scénarios demandés, puis recevez des identifiants de production. La documentation d’un module WooCommerce libre pour ClicToPay précise un point utile : la validation exige des résultats produits depuis le site marchand lui-même, et non avec un outil externe. Il faut notamment montrer un paiement accepté, un paiement refusé, une requête sans montant rejetée, un numéro de commande en double refusé, et l’accès à l’adresse de retour sans paiement.

Tarifs

Aucun tarif public. Le contrat de la STB prévoit une cotisation d’adhésion « fixée dans le recueil des conditions tarifaires » de la banque, plus une commission d’utilisation du système et une commission d’affiliation sur chaque paiement par carte. Le taux se négocie donc avec votre banque : demandez-le par écrit, avec le délai de crédit de votre compte et le coût d’un remboursement.

Ce que le contrat vous interdit

  • Facturer un supplément au client qui paie par carte : le contrat STB impose les mêmes prix à tous et interdit de répercuter la commission bancaire.
  • Voir les données de carte : leur saisie ne doit se faire que sur la plateforme SPS ; « à aucun moment l’accepteur ne doit avoir connaissance des données relatives au paiement ».
  • Rembourser par un autre moyen : une transaction par carte se rembourse par la plateforme, pas en espèces ni par virement.
  • Laisser filer les contestations : la banque peut débiter d’office une opération contestée par écrit, et suspendre l’adhésion pour au moins six mois en cas de taux de contestation anormal ou de marchandises non reçues.

Flouci : une ouverture en ligne et un tarif publié

Flouci est l’application de paiement de la société Kaoun. Elle opère comme facilitateur de paiement autorisé par la Banque centrale et se déclare conforme au standard PCI DSS depuis novembre 2023 (L’Économiste Maghrébin, 8 juin 2026). Flouci précise elle-même qu’elle n’est pas une banque : les comptes sont ouverts auprès de banques partenaires.

Moyens acceptés

Sa page Entreprise liste les portefeuilles Flouci, les cartes bancaires nationales et internationales, les cartes postales et les applications de paiement mobile autorisées par la BCT. Outre le module pour site, Flouci propose des liens de paiement (pratiques pour une vente conclue sur WhatsApp ou Messenger), une page catalogue hébergée pour qui n’a pas de site, et des QR codes en magasin.

Ouverture du compte

C’est la solution la plus documentée publiquement. D’après la documentation d’inscription, elle est ouverte à toutes les entreprises immatriculées en Tunisie, de l’auto-entrepreneur à la SA — un point qui compte si vous démarrez sous ce statut, présenté dans notre article sur le Startup Act et le statut d’auto-entrepreneur. Le parcours se fait en ligne :

  • extrait du Registre national des entreprises (RNE) : son dépôt ouvre aussitôt l’accès à l’environnement de test ;
  • vérification de la CIN du gérant dans l’application (passeport et statuts signés pour un gérant étranger) ;
  • téléphone et e-mail professionnels, chiffre d’affaires annuel estimé, adresse du site, et une description de l’activité d’au moins 100 caractères ;
  • IBAN tunisien (commençant par TN59, 24 chiffres) au nom exact de la société ou du représentant légal — il n’est pas nécessaire d’être client d’une banque partenaire ;
  • déclaration des bénéficiaires effectifs (20 % du capital ou des droits de vote) et des dirigeants inscrits au RNE ;
  • patente ;
  • contrat généré par la plateforme, signé et tamponné à la main, puis téléversé.

Délais annoncés : examen initial en 1 à 2 jours ouvrés, acceptation des portefeuilles en 2 à 4 jours, acceptation des cartes en 4 à 10 jours ouvrés, car une vérification externe est requise.

Tarifs

Flouci est la seule des quatre à publier ses commissions. Sur sa page de tarifs (onglet Entreprise) : 1,3 % HT par transaction pour les cartes émises en Tunisie et les portefeuilles, 3 % HT pour les cartes étrangères, sans frais d’installation ni abonnement mensuel. Les fonds se virent sur votre compte bancaire à votre demande, depuis le tableau de bord, déduction faite des commissions et de « frais de demande de règlement » dont le montant n’est pas indiqué dans la documentation des règlements : faites-le préciser avant de signer.

Intégration

Le principe est une redirection (étapes du paiement) : votre serveur crée le paiement, le client est envoyé sur la page Flouci, puis revient sur votre adresse de succès ou d’échec ; une adresse de webhook facultative reçoit une notification de serveur à serveur. Trois détails de la création de paiement piègent souvent : le montant s’exprime en millimes (40 300 pour 40,300 DT), l’acceptation des cartes est désactivée par défaut (paramètre accept_card), et la session expire par défaut après 1 200 secondes. Chaque compte dispose d’une application de test avec des cartes fictives (environnement de test). Des modules existent pour WooCommerce, PrestaShop, Magento et Shopify ; celui de Shopify, présenté en juin 2026 comme une première en Tunisie, permet d’activer l’encaissement sans développement.

GPG : la passerelle GpgCheckout de Global Payment Gateway

« GPG » désigne Global Payment Gateway, société anonyme installée au Pôle technologique El Ghazala (Ariana), qui commercialise la passerelle GpgCheckout. Elle se présente comme le premier prestataire de services de paiement certifié PCI DSS de Visa et Mastercard en Afrique et au Moyen-Orient (page de présentation) ; sa page sécurité précise une certification PCI DSS de niveau 2. Ce sont les déclarations de la société : nous n’avons pas trouvé de source indépendante récente décrivant son statut réglementaire, à vérifier donc lors de la négociation.

Moyens acceptés

C’est l’offre la plus large sur le papier : cartes bancaires tunisiennes, cartes internationales Visa et Mastercard, cartes postales (e-Dinar Universal et Smart, DinarPost Visa Electron) et le portefeuille maison GP Pay. Les transactions peuvent être libellées en dinars, en euros ou en dollars. La page d’accueil affiche comme partenaires Visa, Mastercard, La Poste et la BNA, et annonce plus de cent sites marchands clients. Côté acheteur, le parcours passe par une page GPG où il choisit entre carte bancaire, carte postale ou GP Pay, avant d’être envoyé vers la page du processeur correspondant.

Ouverture et intégration

Le kit d’intégration commence par la création d’un compte professionnel dans un environnement de pré-production (staging). Le compte est validé sous 48 heures après réception du formulaire de souscription et de l’avenant technique au contrat. L’intégration se fait par soumission de formulaire, avec un kit PHP et des modules pour PrestaShop, Magento, WooCommerce, OpenCart, Joomla (VirtueMart), ZenCart, Drupal et osCommerce. GpgCheckout envoie une notification de serveur à serveur indiquant l’état de chaque transaction, et son tableau de bord permet de bloquer des pays pour limiter la fraude.

Tarifs et versement des fonds

Les commissions sont fixées dans un contrat de conditions de paiement propre à chaque marchand et ne sont pas publiées. Les conditions générales d’utilisation donnent en revanche le délai minimal avant de pouvoir demander le reversement : 7 jours pour les cartes nationales, 15 jours pour les cartes internationales et postales. Elles laissent aussi au marchand la charge des rétrofacturations en cas de non-livraison ou d’activité non conforme. Pour une trésorerie serrée, ce délai compte autant que le taux.

La Poste Tunisienne : e-Dinar, D17 et la plateforme Mastercard

La Poste gère deux plateformes d’acceptation pour les sites marchands, selon la CNUCED : e-Dinar, mise en place en 2000, et MPGS (Mastercard Payment Gateway Services), mise en place en 2020. Fin 2020, 652 sites étaient affiliés à e-Dinar, pour 1,6 million de transactions et environ 65 millions de dinars.

Le kit marchand e-Dinar

La page Kit marchand d’e-Dinar décrit un parcours plus administratif que les autres : demande d’affiliation sur formulaire, ouverture d’un compte courant postal (CCP) sur lequel sont compensés les paiements, contrat d’affiliation entre le commerçant, La Poste et le client, et acquisition d’un certificat électronique auprès de l’Agence nationale de certification électronique (TunTrust) pour sécuriser les échanges. Le commerçant intègre ensuite un kit de test, dont l’intégration est validée conjointement avec l’équipe technique de La Poste. Les moyens acceptés comprennent les cartes e-Dinar et les cartes Visa et Mastercard internationales.

MPGS et D17

MPGS accepte les cartes nationales et internationales selon le protocole 3-D Secure version 2. En 2021, La Poste la présentait comme la seule plateforme opérationnelle en Tunisie acceptant à la fois les moyens de paiement nationaux et internationaux, à l’occasion d’une convention signée avec la Compagnie tunisienne de navigation pour la vente de billets en ligne (L’Économiste Maghrébin, 23 août 2021). La CNUCED notait toutefois qu’au moment de son étude, les cartes de six banques seulement y étaient acceptées : vérifiez ce qu’il en est aujourd’hui. L’application mobile D17 sert, elle, d’interface de paiement vers les e-commerçants pour les titulaires d’un compte de la famille e-Dinar.

Le vrai atout de La Poste est sa clientèle. Depuis juillet 2025, le wallet e-Dinar est remis gratuitement dans les bureaux de poste, sur simple CIN et numéro de téléphone, valable dix ans ; il permet de payer les commerçants affiliés et d’acheter en ligne (L’Économiste Maghrébin, La Presse). Pour une clientèle peu bancarisée, c’est l’argument décisif. Côté cartes bancaires, la CNUCED relevait des difficultés d’acceptation sur les sites affiliés à e-Dinar : testez avec plusieurs cartes avant d’ouvrir. Les tarifs marchands ne sont pas publiés sur les pages que nous avons pu consulter : ils se demandent à La Poste.

Les quatre solutions côte à côte

Ce tableau résume ce que chaque prestataire publie lui-même. « Non publié » signifie que le chiffre existe, mais dans votre contrat : c’est à demander, pas à deviner.

SolutionAvec qui vous signezMoyens acceptésOuvertureCommissionIntégration
ClicToPay (SMT)Votre banqueCIB, Visa et Mastercard tunisiennes et étrangères ; e-Dinar selon la CNUCED, à confirmerContrat d’affiliation, formulaire et fiche technique, tests avec la SMTNon publiée, fixée par la banque (cotisation + commissions)API (register.do, getOrderStatusExtended.do), modules de tiers pour WooCommerce et PrestaShop
FlouciFlouci (Kaoun)Wallets, cartes nationales et internationales, cartes postalesEn ligne : RNE, CIN, IBAN, patente, contrat signé ; cartes en 4 à 10 jours ouvrés1,3 % HT (cartes tunisiennes, wallets), 3 % HT (étrangères)API, webhook, modules WooCommerce, PrestaShop, Magento, Shopify
GPG (GpgCheckout)Global Payment GatewayCartes nationales, internationales, postales, wallet GP PayFormulaire et avenant technique, compte validé sous 48 hNon publiée ; reversement après 7 à 15 jours minimumFormulaire, kit PHP, modules pour huit CMS, notification serveur
La Poste (e-Dinar, MPGS)La Poste TunisienneCartes e-Dinar, Visa et Mastercard ; wallet e-Dinar et D17CCP, contrat, certificat électronique, validation du kitNon publiéeKit marchand fourni par La Poste

En pratique, trois profils se dégagent. Une entreprise déjà bien suivie par sa banque, qui vend surtout à des porteurs de cartes bancaires, a intérêt à passer par ClicToPay et à négocier. Un auto-entrepreneur ou une jeune société qui veut démarrer vite, avec un tarif connu d’avance, trouvera chez Flouci le parcours le plus court. Un site dont la clientèle paie beaucoup en cartes postales regardera GPG ou La Poste. Rien n’interdit d’en proposer deux : beaucoup de boutiques ajoutent un portefeuille mobile à côté de la carte bancaire.

L’intégration technique, sans mauvaise surprise

Le principe commun : la page de paiement hébergée

Les quatre solutions fonctionnent de la même manière : votre site ne voit jamais la carte. Il crée une transaction auprès de la passerelle, redirige le client vers une page de paiement hébergée par celle-ci, où ont lieu la saisie et l’authentification 3-D Secure, puis récupère le résultat. C’est ce qui réduit fortement vos obligations de sécurité sur les données de carte, et c’est aussi une exigence contractuelle : n’essayez jamais de construire un formulaire de carte sur votre propre page. Le revers, relevé par la CNUCED, est que certains acheteurs étrangers se méfient de cette redirection et abandonnent : une page de paiement à vos couleurs, quand la passerelle le permet, et un texte qui annonce la redirection limitent la casse.

Le retour du navigateur ne prouve rien

C’est l’erreur la plus coûteuse. L’adresse de « succès » est une simple URL : n’importe qui peut l’ouvrir sans avoir payé. Seule une vérification de serveur à serveur fait foi — getOrderStatusExtended.do chez ClicToPay, verify_payment chez Flouci, dont la documentation exige de contrôler que le champ success est vrai et que le statut vaut SUCCESS. L’exemple est réel : l’auteur du module WooCommerce pour ClicToPay cité plus haut signale que ses anciennes versions validaient des commandes « sans qu’aucun paiement n’ait eu lieu », et demande aux utilisateurs de relire leurs commandes payées. Avant d’installer une extension, vérifiez donc sa date de mise à jour et la manière dont elle confirme le paiement.

Notifications serveur, pare-feu et cache

La notification (ou webhook) est l’adresse que la passerelle appelle directement quand la transaction se termine, même si le client a fermé son navigateur. Elle doit être joignable depuis Internet, en HTTPS, et ne pas être bloquée par un pare-feu applicatif, une règle anti-robots ou le cache de page. Quand un paiement est encaissé mais que la commande reste « en attente », c’est presque toujours là que le message s’est perdu : les journaux du serveur montrent si l’appel est arrivé et ce qui lui a été répondu. Les clés et secrets de l’API restent côté serveur, dans des variables d’environnement, jamais dans le code visible ni dans une capture envoyée au support.

Montants, devises et tests

ClicToPay comme Flouci attendent le montant dans l’unité mineure : des millimes pour le dinar. Un module mal réglé encaisse mille fois trop ou mille fois trop peu. Testez donc avec un produit à prix exact, sans frais de port, et comparez le montant affiché sur la page de paiement. Déroulez au minimum : paiement accepté, refusé, abandonné, expiré, et remboursement. Tant que la validation n’est pas obtenue, laissez le moyen de paiement désactivé sur la boutique publique : en mode test, un vrai client serait envoyé vers l’environnement de test.

WooCommerce et PrestaShop

Flouci et GPG fournissent des modules pour les deux CMS. Pour ClicToPay, les modules sont l’œuvre de tiers (dépôts libres, modules vendus sur la place de marché PrestaShop) : lisez leur code ou faites-le relire. La Poste fournit son propre kit marchand, avec ses manuels d’intégration. La marche à suivre côté WordPress est détaillée dans notre guide pour configurer WooCommerce et sécuriser le parcours de paiement. Sur PrestaShop, le piège classique est le cache qui sert une page de commande figée : voyez comment régler paiement et cache sans casser le panier. Dans les deux cas, faites une sauvegarde avant d’installer le module ; la méthode est dans notre fiche pour sauvegarder et restaurer un site.

Ce que l’hébergement doit garantir

Un site en localhost ou derrière une adresse privée ne peut pas recevoir le retour de la passerelle : il faut un domaine public, un certificat valide et une adresse de notification stable. Un certificat gratuit Let’s Encrypt suffit techniquement ; la différence entre certificats DV, OV et EV est expliquée sur notre page consacrée aux certificats SSL, et l’activation pas à pas dans la fiche Activer HTTPS et corriger un certificat. Les packs d’hébergement e-commerce de NovaHoster incluent ce certificat et Plesk ; nos serveurs sont en France et en Allemagne, ce qui ne change rien au dialogue avec une passerelle tunisienne, qui passe par Internet comme n’importe quel appel HTTPS. Pensez enfin aux jours de forte affluence : une page de paiement qui répond lentement fait perdre des commandes, comme l’explique notre article sur la tenue d’une boutique pendant le Black Friday.

Ce que votre site doit afficher avant d’encaisser

La loi n° 2000-83 du 9 août 2000 relative aux échanges et au commerce électroniques fixe les règles, et le contrat bancaire les reprend mot pour mot : le contrat STB renvoie expressément à ses articles 25 et 27 à 29, et le formulaire ClicToPay rappelle que le commerçant doit donner accès à ses conditions générales de vente avant le paiement. Attendez-vous à ce que ces pages soient regardées lors de l’ouverture du compte : un site incomplet retarde la mise en production.

  • Identité et contact (article 25) : nom, adresse et téléphone du vendeur, visibles.
  • Prix complet : nature et caractéristiques du produit, prix, frais de livraison, taxes, durée de validité de l’offre.
  • Modalités de paiement, de livraison et de garantie, et les étapes de la commande.
  • Droit de rétractation (article 30) : 10 jours ouvrables à compter de la réception pour un bien, de la conclusion du contrat pour un service ; remboursement dans les 10 jours ouvrables suivant le retour, frais de retour à la charge du client. L’article 32 prévoit des exceptions (produits personnalisés ou périssables, logiciels descellés, presse).
  • Récapitulatif avant validation (article 27) : le client doit pouvoir revoir, modifier et confirmer sa commande.
  • Justificatif (article 29) : un document écrit ou électronique de la vente, sur demande, dans les 10 jours.
  • Indisponibilité (article 35) : prévenir au plus tard 24 heures avant la date de livraison prévue et rembourser l’intégralité.

L’article 49 punit d’une amende de 500 à 5 000 dinars le manquement aux articles 25, 27 et 29 notamment. Ajoutez une politique de remboursement claire, cohérente avec la règle de la carte (on rembourse par la plateforme), et une information sur les données collectées : la loi organique n° 2004-63 s’applique aux fichiers clients, comme l’explique notre guide de la protection des données pour l’entreprise tunisienne. Pour la facturation elle-même, voyez notre article sur l’obligation de facture électronique et El Fatoora.

Le paiement à la livraison : la norme, à organiser plutôt qu’à combattre

Brancher la carte ne fera pas disparaître le paiement à la livraison. Dans l’enquête menée par la CNUCED en 2021 auprès de 558 consommateurs, 83,1 % déclaraient y avoir recours, et seuls 16,9 % payaient exclusivement à la commande. Le rapport annuel 2019 de La Poste estimait la part du paiement à la livraison à 75 % du volume du commerce électronique. Interrogés sur leurs motivations, les répondants évoquaient le manque de confiance, tant dans le site marchand (61,5 %) que dans le système de paiement en ligne (38,7 %).

La bonne stratégie consiste donc à proposer les deux, et à rendre la carte intéressante plutôt qu’obligatoire :

  • annoncez les moyens de paiement dès la fiche produit, pas seulement à la dernière étape ;
  • rassurez sur le remboursement : une politique de retour lisible fait plus pour la carte qu’un logo de plus ;
  • réservez la carte ou le portefeuille aux commandes où le risque de refus à la porte vous coûte cher (articles sur mesure, gros montants, livraisons lointaines), en l’expliquant ;
  • pour les ventes conclues sur les réseaux sociaux, un lien de paiement envoyé avant l’expédition évite de transporter de l’argent liquide ;
  • suivez le taux de colis refusés : c’est le coût caché du paiement à la livraison, à comparer à la commission de la carte.

De la demande à la première transaction, étape par étape

  1. Mettre le socle en règle : immatriculation au RNE, patente, compte bancaire (ou CCP pour La Poste) au nom de l’entreprise.
  2. Publier un site complet : domaine public en HTTPS, pages mentions, CGV, livraison, retours et remboursement, conformes à la loi 2000-83. Un site inachevé retarde la validation.
  3. Choisir la solution selon votre clientèle (cartes bancaires, postales, portefeuilles) et votre besoin de trésorerie, et demander par écrit : commission, frais d’adhésion, délai de versement, coût d’un remboursement et d’une contestation.
  4. Déposer le dossier : contrat et formulaires à la banque pour ClicToPay, parcours en ligne pour Flouci, formulaire et avenant technique pour GPG, affiliation et certificat pour La Poste.
  5. Recevoir les accès de test et installer le module ou coder l’intégration sur une copie du site, avec le journal de débogage activé.
  6. Dérouler les scénarios : accepté, refusé, abandonné, expiré, remboursé, retour sans paiement. Conserver les réponses brutes, souvent demandées pour la validation.
  7. Obtenir la validation et les identifiants de production ; les saisir, désactiver le mode test.
  8. Faire une vraie transaction de faible montant, la retrouver dans le tableau de bord, puis la rembourser par la plateforme.
  9. Surveiller les premiers jours : commandes « en attente » alors que le paiement est passé, montants, notifications reçues, premier versement sur le compte.

Comptez une à deux semaines pour activer les cartes chez Flouci d’après ses délais publiés (4 à 10 jours ouvrés), et prévoyez davantage pour les solutions qui passent par un contrat bancaire ou postal : aucun délai global n’est publié par la SMT ni par La Poste, et le rythme dépend beaucoup de la réactivité de votre agence.

Les erreurs qui coûtent cher

  • Valider la commande sur l’adresse de retour au lieu d’interroger la passerelle. C’est la faille qui permet de « payer » sans payer.
  • Installer le premier module trouvé sans vérifier son auteur, sa date ni sa méthode de confirmation.
  • Se tromper d’unité : dinars au lieu de millimes, ou devise non gérée par le compte.
  • Oublier d’activer les cartes chez Flouci (accept_card est faux par défaut) : seuls les portefeuilles s’affichent.
  • Ajouter des « frais de paiement par carte » : le contrat bancaire l’interdit.
  • Rembourser en espèces une commande payée par carte.
  • Laisser le cache ou le pare-feu bloquer la notification : paiement encaissé, commande en attente, client mécontent.
  • Exposer les secrets de l’API dans un dépôt public, un thème ou une capture d’écran.
  • Ouvrir la boutique avant la fin des tests, avec le mode test encore actif.
  • Négliger les contestations : un taux élevé peut suspendre votre compte six mois.

Méfiez-vous enfin des messages qui imitent votre prestataire de paiement pour obtenir vos accès au tableau de bord : les signaux d’alerte et les bons interlocuteurs sont dans notre article sur les arnaques en ligne en Tunisie. Protégez l’accès au tableau de bord marchand par un mot de passe unique et, quand c’est proposé, une double authentification.

Sources