Un SMS venu d’un numéro étranger vous réclame une amende routière impayée. Une page Facebook aux couleurs d’un opérateur vous annonce que vous avez gagné un téléphone. Un inconnu vous écrit qu’il vous a envoyé « par erreur » un code de vérification et vous prie de le lui renvoyer. Ces trois scénarios ne sont pas des hypothèses : ils ont tous fait l’objet d’alertes officielles en Tunisie entre 2025 et 2026, de l’Agence nationale de la cybersécurité (ANCS), de La Poste tunisienne ou de la Banque centrale.

Ce guide rassemble ce qui a réellement été signalé, sans exagérer ni inventer : comment chaque arnaque se présente, les signes qui la trahissent, ce qu’il faut faire dans l’heure si vous avez cliqué ou payé, et surtout à qui la signaler, avec les coordonnées vérifiées le 30 septembre 2026. Une dernière partie s’adresse aux entreprises, dont le nom de domaine et le site peuvent servir d’appât sans qu’elles le sachent.

Ce qui circule réellement en 2025 et 2026

Le premier constat vient de la Garde nationale : son porte-parole a indiqué en janvier 2025 que 2 000 affaires de cybercriminalité avaient été recensées depuis le début de 2024, dont 800 traitées jusqu’au bout de la procédure, en majorité des fraudes en ligne, du hameçonnage, du chantage et des demandes de rançon (La Presse, Kapitalis). Ces affaires relèvent notamment de la cinquième brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité, créée en 2017 et opérationnelle depuis 2019.

Côté alertes publiques, voici celles que nous avons pu vérifier, par ordre chronologique :

  • Février 2025 — l’ANCS met en garde contre les faux concours et les récompenses fictives sur les réseaux sociaux, qui usurpent le nom d’institutions et d’opérateurs télécoms (Kapitalis, 22 février 2025).
  • Février 2026 — La Poste tunisienne signale des sites et des messages qui imitent son apparence pour viser les détenteurs de cartes et du portefeuille « Wallet e-Dinar » (Kapitalis, 23 février 2026).
  • Mai 2026 — la police judiciaire annonce 26 arrestations dans un réseau qui combinait fausses pages, piratage de comptes et arnaque aux proches (Business News, 2 mai 2026).
  • Juin 2026 — nouvelle alerte de La Poste sur des sites frauduleux se disant ses « partenaires » (La Presse, 9 juin 2026), puis alerte de l’ANCS sur un faux site copiant l’identité visuelle de plateformes financières (Business News, 15 juin 2026).
  • Juillet 2026 — troisième alerte de La Poste (La Presse, 23 juillet 2026) et alerte de l’ANCS sur les faux avis d’amendes routières par SMS (La Presse, 30 juillet 2026).
  • Août 2026 — l’ANCS signale une vague de piratages de comptes Facebook par vol de codes de vérification (Business News, 14 août 2026).

Sur la page d’accueil de l’ANCS, le niveau d’alerte national affiché pour août 2026 est « Très élevé » (ancs.tn). Autrement dit, ces campagnes ne sont pas des cas isolés relayés une fois : elles reviennent, changent de prétexte et visent toujours la même chose, vos identifiants et vos données de carte.

Faux SMS : amendes, La Poste, banques et opérateurs

Le SMS est le canal préféré des fraudeurs pour une raison simple : on le lit presque toujours, souvent sur un petit écran où l’adresse complète d’un lien n’apparaît pas. On parle de smishing, contraction de SMS et de phishing (hameçonnage).

Les faux avis d’amende routière

C’est la campagne la plus documentée de l’été 2026. Selon l’ANCS, les messages arrivent de numéros étrangers, annoncent une contravention impayée et renvoient vers une fausse plateforme officielle où l’on vous demande de régler l’amende par carte (Business News). Le magazine Managers relève aussi des formulations administratives approximatives, un faux « numéro de dossier », l’urgence (« pour éviter une majoration ») et une astuce technique : le message demande parfois de répondre au SMS pour « activer » le lien, ce qui permet de contourner les filtres anti-spam du téléphone (Managers, 15 juin 2026).

Les faux messages et faux sites de La Poste

La Poste tunisienne a publié au moins trois alertes en 2026. Elles visent les titulaires de cartes de paiement électroniques et du portefeuille « Wallet e-Dinar » : des sites et des messages imitent son apparence, se présentent parfois comme ses partenaires, et cherchent à obtenir mots de passe et codes confidentiels. La Poste rappelle qu’elle ne demande jamais ces informations, « ni par téléphone, ni par message, ni via quelque canal que ce soit », et indique avoir engagé des poursuites contre les sites qui usurpent son identité (La Presse).

Le scénario du « colis en attente » (frais de livraison ou de dédouanement de quelques dinars à régler par lien) est la forme la plus répandue de ce type d’usurpation dans le monde. Si vous recevez un tel message, la règle est la même : ne cliquez pas, ouvrez vous-même l’application ou le site officiel de La Poste et saisissez votre numéro de suivi.

Les faux messages de banques et d’opérateurs

En juin 2026, l’ANCS a signalé un faux site qui reprenait l’identité visuelle et le contenu de plateformes financières officielles pour recueillir identifiants, mots de passe et coordonnées bancaires via des formulaires (Business News). La page d’assistance de l’UBCI décrit un cas précis : une fausse page Facebook au nom d’Ooredoo renvoyait vers un faux site qui demandait le numéro de CIN, le numéro de carte bancaire, le code PIN et la date de validité (UBCI, « Information Phishing »). Aucune banque ni aucun opérateur n’a besoin de votre code PIN : sa seule demande suffit à identifier la fraude.

Lire une adresse avant de cliquer

L’ANCS rappelle que les sites officiels des structures publiques tunisiennes utilisent exclusivement le domaine national .tn (La Presse). C’est un bon réflexe, à condition de lire l’adresse correctement : le vrai domaine est la partie située juste avant la première barre oblique, lue de droite à gauche. Dans les exemples fictifs ci-dessous :

  • poste.tn est bien le domaine de La Poste tunisienne ;
  • poste.tn.colis-exemple.com appartient à colis-exemple.com, pas à La Poste : « poste.tn » n’y est qu’un préfixe décoratif ;
  • poste-tn-exemple.info ou amende-tunisie-exemple.net n’ont aucun lien avec une administration ;
  • un lien raccourci (bit.ly/…) masque sa destination : considérez-le comme suspect dans un message non sollicité.

Le cadenas du navigateur ne prouve rien d’autre qu’une connexion chiffrée : n’importe qui peut obtenir un certificat pour un faux site. Nous l’expliquons dans notre article sur ce que garantit réellement un certificat SSL — c’est indispensable pour un site honnête, mais ce n’est pas un label de confiance.

Réseaux sociaux : faux concours, faux vendeurs et cartes « internationales »

Les faux concours et les fausses pages officielles

L’ANCS décrit des publications qui annoncent un gain ou une offre exceptionnelle au nom d’une institution ou d’un opérateur, accompagnées de faux témoignages, puis renvoient vers un formulaire qui réclame données personnelles et bancaires. Ses recommandations : vérifier que la page porte le badge de vérification, ne pas répondre aux comptes inconnus et ne jamais saisir de données sensibles sur un site non vérifié (Kapitalis). Un concours réel ne vous demande jamais votre numéro de carte pour « recevoir » un lot.

Les faux vendeurs

Téléphone à moitié prix, console, électroménager : on paie un acompte, rien n’arrive, la page disparaît. L’Organisation de défense du consommateur (ODC) déclarait en novembre 2024 recevoir en moyenne 25 plaintes par semaine sur des ventes frauduleuses et avoir enregistré 290 signalements sur sa page Facebook entre janvier et octobre 2024, surtout pour des appareils électroniques (Webdo, 12 novembre 2024). L’ODC souligne la difficulté principale : la plupart de ces vendeurs opèrent anonymement, ce qui complique les poursuites. D’où l’intérêt de préférer un paiement à la livraison ou une boutique identifiable, avec un nom d’entreprise, une adresse et un moyen de paiement tracé — ce que permet un site marchand équipé d’un paiement en ligne agréé en Tunisie.

La vente de cartes bancaires « internationales »

Le 30 mai 2024, la Banque centrale de Tunisie a mis en garde contre des comptes de réseaux sociaux qui vendaient des cartes bancaires internationales permettant, selon eux, d’acheter sur des sites étrangers et d’ouvrir des comptes en devises. La BCT invite à éviter toute relation avec ces comptes, rappelle que ces pratiques enfreignent la réglementation des changes et peuvent donner lieu à des poursuites, et indique avoir saisi les autorités compétentes (Managers, Webdo). Le risque est double : vous perdez l’argent versé, et vous vous exposez vous-même à une infraction. Les voies légales existent, à commencer par la carte technologique internationale délivrée par les banques ; nous les détaillons dans notre guide pour payer un service étranger depuis la Tunisie sans passer par un intermédiaire douteux.

Codes de vérification volés, comptes piratés et arnaque aux proches

En août 2026, l’ANCS a signalé une hausse des piratages de comptes Facebook selon un scénario très simple : l’escroc vous contacte par appel, SMS ou e-mail, prétend vous avoir envoyé un code de vérification « par erreur » et vous demande de le lui transmettre. Ce code est en réalité celui qui permet de se connecter à votre compte et d’en changer le mot de passe (Business News). La consigne de l’agence est sans exception : un code reçu sur votre téléphone est aussi confidentiel qu’un mot de passe.

Le même mécanisme sert à voler les comptes WhatsApp, puisque l’enregistrement d’un numéro sur un nouveau téléphone passe par un code envoyé par SMS. Une fois le compte pris, l’escroc écrit à vos contacts en votre nom.

C’est là que commence l’arnaque aux proches. Le réseau démantelé en mai 2026 procédait ainsi : piratage de profils existants, message aux proches annonçant que la victime était retenue ou en difficulté, puis intervention d’un prétendu avocat exerçant une pression psychologique pour obtenir un virement par mandat postal (Business News). La parade est familiale plus que technique : si un proche vous demande de l’argent en urgence par message, appelez-le directement sur le numéro que vous connaissez, ou posez une question dont seul lui connaît la réponse.

Pour vous protéger :

  • activez la vérification en deux étapes dans WhatsApp (Paramètres, puis Compte) et l’authentification à deux facteurs sur Facebook et Instagram ;
  • ne communiquez jamais un code reçu par SMS, même à quelqu’un qui se présente comme le support de la plateforme ;
  • utilisez un mot de passe différent pour votre messagerie principale : c’est elle qui permet de réinitialiser tous les autres.

Fausses offres d’emploi et travail « facile » à domicile

Deux familles d’arnaques se côtoient. La première est celle des bureaux de recrutement fictifs qui promettent un contrat à l’étranger contre des frais. Le ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi a indiqué le 10 avril 2026 que 72 plaintes avaient été transmises contre ces bureaux (51 en 2025 et 21 en 2024 selon Webdo ; La Presse rapporte le même total), et il appelle à vérifier la légalité d’une agence sur le site officiel du ministère avant tout versement.

La seconde vise les jeunes et les étudiants en ligne : un « recruteur » contacte la victime sur WhatsApp, Telegram ou Facebook et propose d’être payé pour aimer des publications, regarder des vidéos ou noter des hôtels. Les premiers gains sont versés, puis viennent des « frais d’activation » ou un « dépôt de garantie » qui ne reviendront jamais (La Presse, 26 mai 2026). La règle ne souffre pas d’exception : on ne paie jamais pour obtenir un emploi. Si vous travaillez réellement pour des clients étrangers, les circuits légaux pour être payé sont décrits dans notre article sur les freelances tunisiens qui reçoivent des paiements de l’étranger.

Tableau récapitulatif : reconnaître, réagir, signaler

Le tableau ci-dessous résume les arnaques décrites plus haut. La colonne « où signaler » renvoie aux interlocuteurs détaillés dans la section suivante.

Type d’arnaqueSignes qui trahissentBon réflexeOù signaler
Faux avis d’amende par SMSNuméro étranger, lien hors .tn, urgence, demande de répondre pour « activer » le lienNe pas cliquer ni répondre, supprimerANCS (assistance@ancs.tn) ; votre banque si carte saisie
Faux site ou message de La PosteDemande de mot de passe ou de code, prétendu « partenaire » de La PostePasser par l’application ou le site officielLa Poste (bureau ou service client) ; ANCS
Faux site bancaire ou d’opérateurFormulaire demandant CIN, numéro de carte, PIN, date de validitéTaper soi-même l’adresse de la banqueVotre banque (opposition) ; ANCS ; police
Faux concours sur les réseauxPage non vérifiée, faux témoignages, gain à « réclamer » par carteVérifier le badge, ne rien saisirSignalement à la plateforme ; ANCS
Faux vendeurPrix très bas, acompte exigé, vendeur anonymePaiement à la livraison ou boutique identifiablePolice ; ODC ; plateforme
Vente de carte « internationale »Compte de réseau social, paiement d’avance, promesse de compte en devisesRefuser : illégal selon la BCTVotre banque ; police
Code de vérification « envoyé par erreur »Un inconnu réclame un code reçu par SMSNe jamais le transmettre, activer la double vérificationPlateforme (récupération de compte) ; ANCS
Arnaque aux prochesProche en « difficulté », faux avocat, mandat postal urgentRappeler le proche sur son numéro habituelPolice ou garde nationale
Faux emploi ou travail à domicileFrais d’activation, dépôt de garantie, bureau non agrééNe jamais payer, vérifier l’agrémentMinistère de l’Emploi ; police

Vous avez cliqué ou payé : que faire dans l’heure

Avoir cliqué n’est pas grave en soi ; c’est ce que vous avez saisi ensuite qui compte. Suivez les étapes dans l’ordre, en commençant par ce qui peut encore être bloqué.

Si vous avez saisi vos données de carte

  1. Faites opposition immédiatement. Appelez votre agence ou le service d’opposition de votre banque (le numéro figure au dos de la carte et sur le site de la banque). En dehors des heures d’agence, la page d’assistance de l’UBCI indique le centre de Monétique Tunisie au 71 155 840, joignable 24 h/24 et 7 j/7 (UBCI, « Perte et vol »). Confirmez ensuite l’opposition par écrit, comme le demandent les banques.
  2. Relevez les opérations suspectes sur votre application bancaire et signalez-les une par une : date, montant, libellé du marchand.
  3. Demandez à votre banque la procédure de contestation et le délai applicable. Les règles de remboursement dépendent du contrat de votre carte : ne vous fiez pas à ce que vous lisez sur un forum, posez la question par écrit.
  4. Portez plainte (voir plus bas) : la banque peut vous demander une copie du dépôt de plainte.

Si vous avez donné un mot de passe ou un code

  1. Changez tout de suite le mot de passe du compte concerné, puis celui de votre messagerie principale, et de tout site où vous utilisiez le même.
  2. Déconnectez les sessions ouvertes et activez la double authentification. Pour un compte Facebook déjà pris, Meta propose une procédure dédiée depuis facebook.com/hacked ; pour WhatsApp, suivez la page d’aide « Comment récupérer un compte compromis » : réenregistrez votre numéro avec le code reçu par SMS, puis activez la vérification en deux étapes.
  3. Prévenez vos contacts que des messages en votre nom peuvent circuler, et demandez-leur de ne rien envoyer.

Si vous avez envoyé de l’argent

Contactez sans attendre l’établissement qui a exécuté le paiement — votre banque pour un virement, La Poste pour un mandat ou un transfert e-Dinar — et demandez s’il est encore possible de bloquer l’opération. Conservez tout : captures d’écran des messages et des profils, numéros de téléphone, adresses des sites, reçus. Ne supprimez pas la conversation avant d’avoir porté plainte, même si le compte de l’escroc disparaît.

Méfiez-vous enfin de la seconde vague : des « agences de récupération » promettent parfois de retrouver l’argent perdu contre des frais. Personne ne peut vous garantir cela, et ces offres sont souvent le prolongement de la première escroquerie.

À qui signaler une arnaque en Tunisie

Signaler sert à deux choses distinctes : obtenir de l’aide pour vous, et permettre aux autorités de repérer une campagne avant qu’elle ne fasse d’autres victimes. Selon votre situation, plusieurs interlocuteurs peuvent être concernés.

L’ANCS et son centre tunCERT

Le tunCERT est le centre d’assistance en cybersécurité de l’Agence nationale de la cybersécurité. Il offre une aide gratuite aux citoyens comme aux professionnels (ancs.tn, tunCERT). Les canaux publiés par l’agence :

  • Citoyens : assistance par e-mail à assistance@ancs.tn, et un bureau d’accueil sans rendez-vous où vous pouvez venir avec votre ordinateur personnel ;
  • Professionnels : centre d’appel sur la ligne groupée 71 843 200, et déclaration d’incident par e-mail à incident@ancs.tn ;
  • Parents et enfants : sensibilisation@ancs.tn ;
  • Organismes : un formulaire de déclaration des incidents cybernétiques (hameçonnage, accès non autorisé, rançongiciel…), également joignable par fax au 71 846 363 ;
  • Siège : 49, avenue Jean Jaurès, 1000 Tunis — standard 71 846 020, ancs@ancs.tn (page Contact).

Pour un SMS ou un site frauduleux, envoyez à l’ANCS une capture du message avec le numéro expéditeur visible, l’adresse complète du lien copiée en texte (sans l’ouvrir), et la date de réception. L’ANCS n’est pas un service de police : elle analyse et alerte, elle ne rembourse pas et n’engage pas de poursuites à votre place.

La police ou la garde nationale

Dès qu’il y a préjudice — argent perdu, compte usurpé, chantage —, déposez plainte au poste de police ou de garde nationale le plus proche, ou par écrit auprès du procureur de la République. Le décret-loi 2022-54 confie la constatation de ces infractions aux procureurs et aux officiers de police judiciaire (article 8, JORT n° 103 du 16 septembre 2022). Apportez vos preuves imprimées et les références des opérations bancaires. En cas de menace ou de chantage en cours, n’attendez pas et ne payez pas.

Votre banque, La Poste et votre opérateur

La banque est prioritaire dès que votre carte ou votre compte est en jeu : c’est elle qui bloque et qui instruit une contestation. Si c’est La Poste qu’on imite, signalez-le au bureau de poste ou via ses canaux officiels : ses alertes montrent qu’elle suit ces usurpations. Pour un faux message au nom d’un opérateur, prévenez son service client.

Ne confondez pas arnaque et publicité non sollicitée. Contre les SMS publicitaires légitimes mais indésirables, l’Instance nationale des télécommunications a mis en place en 2018 le service « SMS-Stop » : un SMS contenant « STOP » suivi du nom de la marque, ou « STOP ALL », au 85300 vous désinscrit (rapport de l’INT, Kapitalis). En revanche, ne répondez jamais à un SMS frauduleux, même par « STOP » : vous confirmeriez que votre numéro est actif.

Les plateformes

Signalez la fausse page ou le faux profil directement depuis Facebook, Instagram ou WhatsApp (menu « Signaler »), et demandez à vos proches d’en faire autant : les signalements groupés accélèrent la suppression. Un site d’hameçonnage peut aussi être signalé à Google via son formulaire de signalement d’hameçonnage, ce qui déclenche à terme un avertissement dans Chrome et d’autres navigateurs. Pour un faux vendeur, l’ODC recueille également les signalements de consommateurs (Webdo).

Le texte de référence est le décret-loi n° 2022-54 du 13 septembre 2022 relatif à la lutte contre les infractions se rapportant aux systèmes d’information et de communication, publié au JORT n° 103 du 16 septembre 2022 (texte au JORT). Plusieurs de ses articles couvrent directement les arnaques décrites ici :

  • article 16 — accéder ou se maintenir illégalement dans un système informatique : trois mois à un an d’emprisonnement et 10 000 dinars d’amende, la tentative étant punissable ;
  • article 17 — détenir, vendre ou distribuer un mot de passe ou un code d’accès en vue de commettre ces infractions : trois ans et 20 000 dinars ;
  • article 22 — la fraude informatique, c’est-à-dire causer intentionnellement un préjudice patrimonial à autrui par l’introduction ou l’altération de données, dans le but d’en tirer un profit : six ans et 100 000 dinars ;
  • article 23 — la falsification informatique, qui produit des données non authentiques pour les utiliser comme si elles l’étaient : cinq ans et 100 000 dinars.

L’escroquerie « classique », quand elle ne passe pas par l’altération d’un système, reste réprimée par l’article 291 du code pénal : usage de faux noms ou de fausses qualités, manœuvres frauduleuses pour se faire remettre des fonds, cinq ans d’emprisonnement et 2 400 dinars d’amende dans sa rédaction issue de la loi n° 2005-46 (Jurisite Tunisie). La qualification retenue dans un dossier donné relève du parquet et du juge, pas de la victime : votre rôle est de décrire les faits et d’apporter les preuves.

À noter : le décret-loi 2022-54 vient d’être modifié. Un décret-loi n° 2026-1, publié au JORT du 30 septembre 2026, remplace son article 24, consacré aux fausses nouvelles et à la diffamation en ligne ; selon la presse, il ne touche pas aux articles sur la fraude cités ci-dessus (La Presse, 30 septembre 2026). Côté entreprises, la collecte et la conservation des données de vos clients obéissent par ailleurs aux règles de protection des données personnelles, que nous résumons dans notre guide de la protection des données pour une entreprise tunisienne.

Entreprises : ne pas servir d’appât sans le savoir

Une PME tunisienne n’est pas seulement une cible potentielle ; son nom peut aussi servir à tromper ses propres clients. Trois chantiers réduisent ce risque.

Protéger votre domaine contre l’usurpation

Sans protection, n’importe qui peut envoyer un e-mail qui affiche contact@votre-entreprise.tn comme expéditeur : le protocole de messagerie ne l’interdit pas. Trois enregistrements DNS permettent aux messageries destinataires de repérer ces faux : SPF liste les serveurs autorisés à envoyer pour votre domaine, DKIM signe vos messages, et DMARC indique quoi faire d’un message qui échoue aux contrôles — le laisser passer en observant, le mettre en quarantaine ou le rejeter — tout en vous envoyant des rapports (spécification DMARC de l’IETF). Gmail exige d’ailleurs depuis le 1er février 2024 que tout expéditeur authentifie ses messages par SPF ou DKIM, et les trois mécanismes au-delà de 5 000 messages par jour (Aide Gmail, consignes pour les expéditeurs).

La mise en place se fait par étapes, en commençant par une politique DMARC d’observation pour ne pas bloquer vos propres envois : notre guide SPF, DKIM et DMARC, méthode et dépannage détaille la procédure, et celui sur les enregistrements DNS A, MX et TXT explique où les publier. Autre précaution simple : ne laissez jamais expirer votre domaine. Un nom abandonné peut être racheté et servir à envoyer des messages crédibles à vos anciens clients ; notre page sur le renouvellement d’un domaine et la mise à jour de ses contacts indique quoi surveiller.

Communiquer depuis une adresse à votre nom de domaine, plutôt qu’une boîte gratuite, aide aussi vos clients à distinguer vos messages des faux : un escroc peut créer « votre-entreprise.tunisie@gmail.com » en deux minutes, pas une adresse sur un domaine protégé par DMARC. Nous comparons les deux approches dans e-mail professionnel ou Gmail pour une entreprise tunisienne, et c’est la raison d’être de notre offre d’adresses e-mail professionnelles sur votre propre domaine.

Protéger votre site contre le piratage

Un site piraté peut héberger, à votre insu, une fausse page de banque ou de La Poste : les escrocs aiment les domaines honnêtes, que les filtres ne bloquent pas encore. Les causes sont presque toujours les mêmes — extension non mise à jour, mot de passe réutilisé, compte d’administration oublié. Pour WordPress, notre guide pour sécuriser un site WordPress contre le piratage couvre la partie technique ; pour l’hébergement lui-même, voir les bonnes pratiques de sécurité d’un hébergement, et, si le mal est fait, la procédure pour détecter et supprimer un malware avec Imunify360. Chez NovaHoster, le client sauvegarde lui-même son site depuis Plesk ; gardez des copies régulières et testées, comme l’explique notre guide complet de la sauvegarde de site web : c’est ce qui permet de repartir d’une version saine.

Former les employés

La plupart des incidents en entreprise commencent par un message bien tourné : fausse facture d’un fournisseur, « changement de RIB » urgent, demande du « directeur » en déplacement. Quelques règles écrites suffisent souvent :

  • tout changement de coordonnées bancaires d’un fournisseur se confirme par téléphone, sur un numéro déjà connu, jamais celui du message ;
  • personne ne communique un code reçu par SMS, y compris à un collègue ;
  • un message douteux se transfère au responsable informatique au lieu d’être supprimé en silence ;
  • chaque salarié a ses propres accès, retirés le jour de son départ.

L’ANCS organise des sessions de sensibilisation et publie des outils à ce sujet (ancs.tn). Si votre site ou vos boîtes hébergés chez nous montrent un comportement anormal, ouvrez une demande de support avec les éléments utiles (heure, adresse concernée, en-têtes du message) : un diagnostic se fait bien plus vite sur des faits précis.

Sources